La Défense peut-elle sur­vivre à la fin du tout-bureau ?

La Défense tente de renaître de ses cendres

Bureaux vides, tours vieil­lis­santes, télé­tra­vail, mod­èle économique à bout de souf­fle… Longtemps sym­bole de la puis­sance économique française, La Défense tra­verse une crise pro­fonde. Face à l’ob­so­les­cence du mod­èle du quarti­er d’af­faires mono­fonc­tion­nel, elle tente aujour­d’hui de se réin­ven­ter autour de la mix­ité, de la tran­si­tion écologique et de nou­veaux usages. Suff­isant pour éviter le déclasse­ment ?

Par Con­cep­cion Alvarez, rédac­trice en cheffe adjointe

Pub­lié le 22 juin 2026 • 

Temps de lec­ture : 16 min

L’hor­reur !” Quand son entre­prise lui a annon­cé son démé­nage­ment à La Défense, c’est le pre­mier mot qui est venu à l’e­sprit de Sandy. “Tous les matins, je voy­ais cette horde de gens agglu­tinés descen­dre du train comme des auto­mates. J’avais cette appréhen­sion de la foule. Et aujour­d’hui, je suis dev­enue l’une de ces zom­bies qui marche en pilote automa­tique”, nous racon­te-t-elle. 

Même con­stat chez Sofia. Lorsque son employeur a quit­té le 9e arrondisse­ment pour La Défense, elle a dou­blé son temps de tra­jet, elle qui vit dans le 77. Pour éviter l’af­flux aux heures de pointe, elle part de chez elle à 6h du matin. “La Défense, c’est le stress, le stress, le stress”, résume-t-elle.

Avec le temps, Sandy recon­naît pour­tant quelques avan­tages au quarti­er. Le cen­tre com­mer­cial lui per­met d’ef­fectuer ses cours­es sur sa pause déje­uner et d’op­ti­miser son emploi du temps. Mais elle regrette le manque d’e­spaces verts et de lieux où sim­ple­ment pren­dre l’air. “Tu vis dans une sorte de monde par­al­lèle, au sein de ta tour où tu tra­vailles, tu manges, tu fais du sport. Tout est opti­misé pour ne pas avoir à sor­tir, ne pas per­dre de temps, et au final, tra­vailler plus…”, pour­suit Sofia.

Ces témoignages illus­trent le défi auquel est con­fron­tée La Défense. Longtemps vit­rine de la puis­sance économique française, le plus grand quarti­er d’af­faires d’Eu­rope se retrou­ve aujour­d’hui à un tour­nant de son his­toire.

Des tours neuves mais vides…

 

Lancé par l’É­tat en 1958 dans le pro­longe­ment des Trente Glo­rieuses, le quarti­er de La Défense repose sur une idée sim­ple : sépar­er les fonc­tions urbaines. Les trans­ports en sous-sol, les bureaux sur la dalle, les loge­ments en périphérie. Pen­dant plusieurs décen­nies, cette organ­i­sa­tion a accom­pa­g­né l’es­sor des grandes entre­pris­es français­es. Mais elle appa­raît aujour­d’hui de plus en plus décon­nec­tée des attentes des salariés et des trans­for­ma­tions du monde du tra­vail. Le chiffre qui résume le mieux cette sit­u­a­tion est celui de la vacance des bureaux.

536 000 m² de bureaux vacants

Selon le cab­i­net Knight Frank, 536 000 mètres car­rés étaient inoc­cupés en 2025, soit 14,5 % du parc. Certes, la hausse sem­ble se sta­bilis­er après le choc du Covid et la général­i­sa­tion du télé­tra­vail. Mais le niveau reste his­torique­ment élevé. “Ce phénomène n’est pas pro­pre à La Défense. Nous faisons face aux con­séquences d’une vague de con­struc­tions livrées au moment même où les entre­pris­es rédui­saient leurs besoins immo­biliers”, analyse Pierre-Yves Guice, directeur général de l’étab­lisse­ment pub­lic Paris La Défense.

Cer­taines opéra­tions récentes illus­trent ces dif­fi­cultés. La tour Hopen, anci­en­nement Adria, entière­ment restruc­turée après le départ de Tech­nip, peine tou­jours à attir­er des locataires mal­gré ses 66 500 m² flam­bant neufs. Pierre-Yves Guice par­le même d’un “échec indus­triel”. Plus loin, la tour Hekla, dess­inée par Jean Nou­v­el et inau­gurée en 2022, n’est occupée qu’à moitié. Gold­man Sachs a quit­té l’ensem­ble Land­scape pour rejoin­dre le XVIe arrondisse­ment de Paris. EY, Forvis Mazars et Wave­stone ont égale­ment choisi de quit­ter le quarti­er.

Pour Pas­cal Imbert, prési­dent de Wave­stone, le sujet dépasse large­ment l’im­mo­bili­er. “Les jeunes ne veu­lent plus con­sacr­er tout leur temps à leur car­rière. Ils veu­lent aus­si avoir une vie après le tra­vail, ce que La Défense ne leur offre pas.” L’en­tre­prise a inter­rogé les can­di­dats ayant refusé de la rejoin­dre. Le résul­tat a sur­pris ses dirigeants. “Nous leur avons demandé si notre local­i­sa­tion à La Défense avait joué dans leur déci­sion. Cela reve­nait presque sys­té­ma­tique­ment.”

 …et des tours vieillissantes et obsolètes

 

En se prom­enant dans le quarti­er, le con­traste saute aux yeux. D’un côté, quelques tours récem­ment restruc­turées ou tout juste livrées. De l’autre, des immeubles vieil­lis­sants qui por­tent les stig­mates d’un mod­èle arrivé en bout de course. La tour Are­va, immense par­al­lélépipède noir de 184 mètres de haut con­stru­it dans les années 1970, en est l’un des sym­bol­es. Vide depuis plusieurs années, elle domine tou­jours le quarti­er comme le ves­tige d’une époque révolue.

Ces bâti­ments sont égale­ment con­fron­tés à un défi crois­sant : l’adap­ta­tion au change­ment cli­ma­tique. Aujour­d’hui, de nom­breuses tours entière­ment vit­rées se révè­lent par­ti­c­ulière­ment vul­nérables aux fortes chaleurs. L’épisode canic­u­laire de fin juin en a don­né une illus­tra­tion con­crète. La cen­trale de froid de La Défense n’est pas par­v­enue à pro­duire suff­isam­ment de glace pour ali­menter nor­male­ment cer­tains sys­tèmes de cli­ma­ti­sa­tion du quarti­er. Un inci­dent qui met en lumière les lim­ites d’in­fra­struc­tures conçues pour un autre cli­mat.

1 million de mètres carrés de bureaux à rénover

Jérôme Bédi­er, tré­sori­er de la cham­bre de com­merce et d’in­dus­trie de Paris Ile-de-France, chargé par l’an­cien Pre­mier min­istre François Bay­rou de réfléchir à la trans­for­ma­tion du quarti­er d’af­faires des Hauts-de-Seine, iden­ti­fie les tours de grande hau­teur comme un véri­ta­ble “repous­soir”. Dans son rap­port, que Noveth­ic s’est procuré, il évoque la con­tes­ta­tion d’un mod­èle trop mono­fonc­tion­nel, qui ren­voie à l’univers métro-boulot-dodo, et une archi­tec­ture sur dalle qui coupe du reste du ter­ri­toire. “Jusqu’a récem­ment sym­bole de moder­nité et de puis­sance économique, les tours de grande hau­teur sont aujourd’hui sou­vent cri­tiquées pour leur impact envi­ron­nemen­tal et sont con­sid­érés comme les ves­tiges d’un mod­èle économique en muta­tion”, écrit-il.

Il note aus­si l’émergence d’un “nou­veau style du tra­vail, à la cal­i­forni­enne”, qui s’appuie sur de “nou­veaux lieux de vie et de ren­con­tres favorisant l’innovation, le lien avec la nature, la fer­til­i­sa­tion croisée et la sérendip­ité sur le lieu de tra­vail et dans la ville autour”.Les salariés récla­ment aujourd’hui une expéri­ence util­isa­teur dif­férente et améliorée”, con­clut-il.

 

La Défense en chiffres

 

180 000 salariés, 50 000 habi­tants, 70 000 étu­di­ants

3,8 mil­lions de m² de bureaux

2 800 entre­pris­es

40% des entre­pris­es du CAC 40

1 600 PME

11 hôtels

2 mil­lions de touristes par an

+ de 50 étab­lisse­ments d’enseignement supérieur

+ de 50 œuvres d’art (Miro, Cesar, Calder, Buren…)

Un modèle économique en danger

 

Le con­stat est donc clair : il y a urgence à écrire un nou­veau réc­it autour de La Défense. Et con­traire­ment aux crises précé­dentes, la réponse ne pour­ra pas pass­er cette fois par une relance immo­bil­ière, en rai­son du manque de fonci­er disponible mais aus­si de la baisse de la demande de bureaux neufs. A l’attractivité du quarti­er, s’ajoute dès lors la ques­tion de son mod­èle économique lui aus­si devenu obsolète. En effet, depuis 70 ans, celui-ci est basé sur la vente des droits à con­stru­ire tirés des nou­veaux édi­fices. Etant don­né que ceux-ci sont de moins en moins nom­breux à mesure que le fonci­er disponible s’a­menuise, les lim­ites du mod­èle sont atteintes.

Dans un rap­port pub­lié en sep­tem­bre dernier, la cham­bre régionale des comptes d’Île-de-France tire la son­nette d’alarme. Elle estime que la tré­sorerie de l’établissement pub­lic qui gère le quarti­er d’affaires passera de 188 mil­lions d’euros en 2023 à 3 mil­lions en 2032. Elle alerte sur le fait que les prévi­sions ont été “très sures­timées” soit parce qu’elles étaient adossées à des pro­jets hasardeux, comme celui des tours Her­mitage finale­ment invalidées par la jus­tice, ou datés comme celui des tours Sis­ters.

“Il faut un meilleur partage de la valeur créée par le territoire”

Il va donc fal­loir trou­ver de nou­velles sources de finance­ment d’autant que le pacte liant les col­lec­tiv­ités locales du ter­ri­toire et per­me­t­tant le finance­ment de l’étab­lisse­ment pub­lic Paris La Défense arrivera à son terme début 2027. Le rap­port de la cham­bre régionale des comptes d’Ile-de-France évoque plusieurs pistes allant d’un change­ment de la fis­cal­ité locale à la créa­tion d’une rede­vance ou d’une con­tri­bu­tion volon­taire des entre­pris­es.

“Il faut un meilleur partage de la valeur créée par le ter­ri­toire”, estime pour sa part Pierre-Yves Guice, directeur général de l’étab­lisse­ment pub­lic Paris-La Défense. Il cite l’exemple du parc urbain sur dalle de cinq hectares qui est en cours de con­struc­tion sur l’esplanade. “Tous les immeubles en bor­dure du parc ont été reven­dus ou loués dans des con­di­tions très avan­tageuses ou vont faire l’objet de réno­va­tions. Or, pour nous, c’est 100% de dépens­es. Et pour les pro­prié­taires des tours, 100% de recettes…”, résume-t-il.

Un quartier qui se réinvente

Pour éviter le déclasse­ment, La Défense n’a d’autre choix que de se trans­former. Depuis plusieurs années, les pro­jets se mul­ti­plient avec un objec­tif com­mun : cor­riger les défauts his­toriques d’un quarti­er conçu presque exclu­sive­ment autour du bureau. Le futur parc urbain de cinq hectares en cours d’amé­nage­ment sur l’e­s­planade est l’un des sym­bol­es de cette muta­tion.

Dans le quarti­er des Saisons, à Courbevoie, l’a­ban­don défini­tif des tours Her­mitage, qui devaient cul­min­er à plus de 300 mètres de hau­teur, ouvre égale­ment la voie à un pro­jet plus proche du ter­ri­toire. “Ce sera l’op­por­tu­nité de mon­tr­er qu’on a com­pris et qu’on peut faire dif­férem­ment”, estime Pierre-Yves Guice, directeur général de Paris La Défense. Une grande insti­tu­tion cul­turelle, un hôtel ou encore un siège social pour­raient notam­ment y voir le jour. Le secteur accueillera égale­ment une Mai­son de l’in­tel­li­gence arti­fi­cielle.

Cette trans­for­ma­tion passe aus­si par une recon­quête de l’e­space pub­lic. À Puteaux, le pro­jet Demi-Lune rem­plac­era des infra­struc­tures routières par un nou­v­el espace vert. Dans le quarti­er de la Rose de Cher­bourg, un ancien échangeur auto­mo­bile a déjà lais­sé place à une prom­e­nade sus­pendue inspirée de la High Line new-yorkaise. Le mail­lage cyclable con­tin­ue lui aus­si de se ren­forcer avec l’ar­rivée de 1 000 Vélib’ et de nou­velles liaisons à tra­vers le quarti­er.

Reste le prin­ci­pal défi : le parvis de La Défense et ses 13 000 m² de béton. Véri­ta­ble îlot de chaleur lors des épisodes canic­u­laires, il fait actuelle­ment l’ob­jet de réflex­ions pour accueil­lir davan­tage d’an­i­ma­tions, d’usages tem­po­raires et d’e­spaces de con­vivi­al­ité. “La Défense se trans­forme déjà de façon intense et rapi­de”, assure Pierre-Yves Guice.

 

Cette évo­lu­tion se retrou­ve égale­ment dans les choix des entre­pris­es. Longtemps, la réus­site se mesurait à la hau­teur des tours. Désor­mais, les nou­veaux pro­jets immo­biliers priv­ilégient les espaces extérieurs, les matéri­aux bas car­bone et le bien-être des salariés.

Sanofi a ain­si choisi un immeu­ble de sept étages à ossa­t­ure bois pour son futur siège. Suez, Enedis, Allianz Trade ou encore Schnei­der Elec­tric ont égale­ment opté pour des bâti­ments plus hor­i­zon­taux, sou­vent dotés de ter­rass­es, de jardins ou de rooftops.

Même The Link, le nou­veau siège de Total­En­er­gies et désor­mais plus haute tour de France, tente de s’adapter à ces nou­velles attentes. Son archi­tec­ture mul­ti­plie les espaces extérieurs et les cir­cu­la­tions à pied afin de favoris­er les inter­ac­tions entre salariés. “Ce pro­jet est l’op­por­tu­nité de faire enfin autre chose à La Défense et d’in­ven­ter un nou­veau rap­port au tra­vail”, estime son archi­tecte, Philippe Chi­ambaret­ta.

Cette évo­lu­tion se reflète égale­ment dans le pro­fil des entre­pris­es qui s’y instal­lent. Longtemps dom­iné par les ban­ques, les assur­ances et la finance, le quarti­er attire désor­mais des acteurs du luxe, de la beauté ou encore de la san­té. “Finale­ment, le Covid aura eu quelques effets béné­fiques en atti­rant de nou­veaux acteurs”, observe Thomas Ledoux, directeur du pôle mar­ket­ing de Paris La Défense. 

“Point de bascule”

Ces dernières années, de nom­breuses réflex­ions ont été menées sur l’avenir de La Défense. Elus, amé­nageurs, investis­seurs et entre­pris­es mul­ti­plient les travaux prospec­tifs pour imag­in­er ce que pour­rait devenir le quarti­er à l’hori­zon 2050. Au print­emps 2025, l’État et l’établissement pub­lic lançaient un “Ate­lier de ter­ri­toire”, cycle de con­cer­ta­tion de 9 mois avec les acteurs de La Défense.

“La con­clu­sion de ces travaux est que La Défense peut être dif­férente si on s’en occupe. Nous avons iden­ti­fié 450 000 m² de bureaux obsolètes qui peu­vent être trans­for­més pour d’autres usages et ain­si amen­er ce qu’il manque aujourd’hui au quarti­er afin d’avoir envie de s’y ren­dre, s’y installer ou d’y rester après le bureau”, explique Céline Crestin, direc­trice de la stratégie et du développe­ment respon­s­able au sein de Paris La Défense.

Des loge­ments étu­di­ants ain­si que des apparte­ments famil­i­aux vont être con­stru­its à la place des anciens bureaux. De quoi amen­er une vie de quarti­er avec l’ouverture de petits com­merces. Des sites dédiés à l’enseignement, des hôtels et des nou­veaux lieux cul­turels devraient aus­si voir le jour d’ici 2040.

“Un avant et un après 2020”

En par­al­lèle, les cinq prin­ci­paux pro­prié­taires présents sur la dalle − Allianz, Axa, Groupa­ma Immo­bili­er, Uni­bail-Rodam­co-West­field et Société générale – représen­tant 25% des act­ifs et 5 mil­liards d’euros investis en dix ans, ont égale­ment mené un tra­vail prospec­tiviste. Ils ont inter­rogé une quin­zaine d’architectes, urban­istes, juristes, écon­o­mistes pour imag­in­er le quarti­er en 2050 (voir pho­to de fond). Hub européen de l’innovation, quarti­er mul­ti­fonc­tion­nel, intel­li­gence col­lec­tive, recon­nex­ion à la Seine, ils pro­posent un mas­ter­plan bio­cli­ma­tique autour de trois axes : la ville des prox­im­ités, la ville récréa­tive et la ville hos­pi­tal­ière.

“Il y a bien eu un avant et un après 2020 (crise san­i­taire, remon­tée des taux d’intérêt, télé­tra­vail, prise de con­science crois­sante du change­ment cli­ma­tique). La Défense est désor­mais à un point de bas­cule de son his­toire, chahutée par trois boule­verse­ments struc­turels : la fin du mod­èle des quartiers d’affaires mono­fonc­tion­nels tout-bureau, la tran­si­tion envi­ron­nemen­tale qui lim­ite de fac­to la crois­sance infinie de nou­velles con­struc­tions, et le vieil­lisse­ment du parc de tours”, résu­ment les auteurs du rap­port bap­tisé “Vision 2050” et pub­lié en mars 2025.

“Il y a urgence à agir car le risque est d’arriver à un déclasse­ment total du quarti­er, qui n’est plus du tout un démon­stra­teur de la puis­sance de la France. Il faut redot­er la cap­i­tale d’une place busi­ness forte et prof­iter pour cela de la réno­va­tion des tours afin de redonner un nou­veau vis­age au quarti­er. C’est main­tenant qu’il faut avoir une vision stratégique. Et pour cela, l’Etat doit se posi­tion­ner au plus haut niveau pour faire de La Défense un quarti­er d’avenir”, com­mente auprès de Noveth­ic, Roland Cubin, directeur général délégué de Groupa­ma Immo­bili­er, porte-parole du groupe­ment “La Défense 2050”.

Quel portage politique ?

 

Dans son rap­port, Jérôme Bédi­er dresse lui aus­si un por­trait de La Défense du futur, inspiré des travaux déjà pub­liés. Il imag­ine un grand musée, qui don­nerait au quarti­er un “effet Bil­bao”, en référence au musée Gugen­heim instal­lé dans la ville du pays basque espag­nole, mais aus­si un ter­ri­toire expéri­men­tal de la con­nais­sance et une forêt urbaine. Au-delà de la vision, le tré­sori­er de la CCI Ile-de-France appelle à “un lead­er­ship poli­tique fort, qui relève de l’E­tat”.

“La total­ité des acteurs privés et publics de La Défense atten­dent une posi­tion claire et offen­sive de l’État qui per­me­tte une vraie mobil­i­sa­tion nationale, écrit-il. Plusieurs inter­locu­teurs de la mis­sion ont dit : finale­ment La Défense, c’est la France. On peut dis­cuter la for­mule, mais on ne peut pas con­tester que La Défense offre une occa­sion excep­tion­nelle à notre pays, à sa crois­sance et à son attrac­tiv­ité d’incarner la France des grands pro­jets.”

“Emmanuel Macron n’est jamais venu à La Défense”

Une vision qui ne sem­ble pas for­cé­ment partagée au plus haut niveau. “En deux man­dats, Emmanuel Macron n’est jamais venu ici. C’est le pre­mier prési­dent de la République à n’être jamais venu à La Défense”, tance Pierre-Yves Guice, le directeur général de l’étab­lisse­ment pub­lic Paris-La Défense.

Inter­rogé au Sénat puis à l’Assemblée nationale sur le rap­port Bédi­er, qui n’a tou­jours pas été pub­lié offi­cielle­ment, Vin­cent Jean­brun, le min­istre de la Ville et du Loge­ment, a assuré qu’il se rendrait prochaine­ment, et à titre per­son­nel, dans le quarti­er d’af­faires “pour réfléchir à la manière de dépass­er la sit­u­a­tion actuelle du ‘tout bureaux’ afin de s’a­chem­iner intel­ligem­ment vers plus de mix­ité”. Il s’ag­it de créer un sur­saut d’at­trac­tiv­ité pour ce quarti­er d’af­faires. (…) Je peux vous assur­er que le gou­verne­ment est pleine­ment mobil­isé aux côtés des acteurs locaux pour péren­nis­er ce joy­au nation­al qu’est La Défense”, a‑t-il égale­ment déclaré.

Mer­cre­di 24 juin, le gou­verne­ment a ain­si présen­té son pro­jet de loi Loge­ment qui inclut des mesures spé­ci­fiques à La Défense. Par­mi elles, la mise en place d’un “cer­ti­fi­cat” pour les por­teurs de pro­jets dans le quarti­er qui leur apporterait un sou­tien admin­is­tratif notam­ment lorsqu’ils trans­formeraient des bureaux en apparte­ments. Une expéri­men­ta­tion qui va dur­er cinq ans.

Premier quartier d’affaires décarboné

 

- 50% d’émissions de gaz à effet de serre en 2030

10% des con­struc­tions ou restruc­tura­tions en bois biosour­cés (dont 30% min­i­mum de bois français)

1 200 places de sta­tion­nement Vélib’ en 2025

+ 10 000 m² d’espaces verts depuis 2019

6 mil­lions de per­son­nes con­nec­tées à La Défense par le réseau de trans­ports en com­mun (sans cor­re­spon­dance)

5 hectares de parc urbain sur l’esplanade de La Défense

31% du parc de bureaux restruc­turé

85% des salariés vien­nent tra­vailler en trans­ports en com­mun

 

 

En juil­let 1967, Paris Match fai­sait sa Une sur “Paris dans vingt ans”. On y voy­ait une Défense futur­iste, héris­sée de grat­te-ciel, tra­ver­sée par des voies rapi­des et sur­volée par des héli­cop­tères se posant au som­met des tours. Près de soix­ante ans plus tard, c’est un tout autre futur qui se des­sine.

Là où les urban­istes des Trente Glo­rieuses rêvaient de ver­ti­cal­ité, de béton et de vitesse, les pro­jets actuels mis­ent sur la mix­ité des usages, la végé­tal­i­sa­tion, les mobil­ités douces et des espaces de vie plus accueil­lants. En 2021, Paris La Défense s’est d’ailleurs dotée d’une rai­son d’être ambitieuse : expéri­menter de nou­veaux modes de vie, de tra­vail et de fab­rique de la ville afin de devenir le pre­mier quarti­er d’af­faires post-car­bone de dimen­sion mon­di­ale.

Une trans­for­ma­tion qui com­mence à porter ses fruits. La Défense est dev­enue pour la pre­mière fois en 2025 le quarti­er le plus attrac­t­if d’Europe pas­sant devant les deux quartiers d’affaires de Lon­dres ou encore ceux de Franc­fort et de Madrid, et le qua­trième quarti­er d’affaires le plus attrac­t­if au monde, selon le troisième baromètre de l’attractivité des quartiers d’affaires inter­na­tionaux, dévoilé le 14 novem­bre 2025.

Mais le chantier s’an­nonce encore immense, sur le ter­rain mais aus­si dans les esprits. L’imag­i­naire de La Défense demeure large­ment asso­cié aux tours imper­son­nelles, aux flux inin­ter­rom­pus de salariés, aux esca­la­tors bondés, aux vastes éten­dues minérales et aux épisodes de chaleur étouf­fante. Un imag­i­naire qui, pour beau­coup, con­tin­ue encore de ressem­bler à la réal­ité.